L. C
17 septembre 2011 à 09:38
Immigration à Québec
Bonjour Monsieur Charette,
Mon nom est Laurie castonguay et je suis une nouvelle enseignante de 25 ans en francisation dans une école de Québec. J'enseigne depuis maintenant 1 an et demi avec les nouveaux arrivants (réfugiés pour la plupart). J'ai pris connaissance de votre réforme sur l'accueil des immigrants dans la province. Étant sur le terrain, je crois que mon opinion devrait être prise en compte. Tout d'abord, laissez-moi vous dire que ces adolescents venus d'ailleurs (beaucoup du Népal et du Bangladesh pour le moment) confirme chaque jour mon choix de carrière. Leur désir d'apprendre le français et l'acharnement avec lequel ils déploient des énergies pour acquérir cette langue sont remarquables. En société, ils s'expriment en français et ils disent, à qui veut l'entendre, "Parlez-moi en français s'il vous plait". Tout comme vous, j'ai à coeur la préservation de la langue française dans la province, pour plusieurs raisons, mais je ne pense certes pas que les immigrants la mettent en péril. Les immigrants sont une cible facile lorsque vient le temps de blâmer quelqu'un en matière de problèmes sociaux ; accommodements raisonnables, culture québécoise en péril, langue française, et j'en passe. Le problème, Monsieur Charette, il vient de nous, les Québécois. Pourquoi, lorsque je vais à Montréal, j'ai un véritable choc, car je me fais constamment répondre en anglais par des QUÉBÉCOIS de souche? Il est là le problème ; nous perdons notre langue, car bien des Montréalais (désolée, mais le problème ne se rencontre pas à Québec), ne semblent pas considérer la richesse et la beauté qu'est notre langue. L'adoption de la loi 103 serait peut-être davantage à blâmer que les immigrants. Cette année, j'ai 44 élèves en classe de francisation, et c'est avec joie que j'ai pu remarquer qu'après 2 ans au pays, il est possible de réussir le programme de français du secondaire. Oui, je veux une réforme en immigration; je veux plus d'heures d'enseignement afin d'assister les professeurs du régulier qui accueillent aussi ces élèves dans leur classe et qui se sentent parfois démunis, je veux que les immigrants bénéficient de plus de subventions afin qu'ils poursuivent plus longuement leur francisation, je veux que le système de "classe d'accueil" soit maintenu et valorisé partout dans la province afin de soutenir les immigrants sous-scolarisés et je veux aussi une conseillère en orientation, spécialisée en immigration, afin qu'elle puisse orienter adéquatement ces jeunes dans leur choix de carrière. Je suis d'accord avec vous, il est plus facile de réduire que de mettre en place des mesures décentes d'accueil. Pourtant, rien n'est impossible, et je suis la première à vouloir que les immigrants se sentent davantage chez eux ici, mais il est impératif de les accueillir de manière adéquate, comme nous voudrions l'être nous-même dans un nouveau pays.
Cela dit, je serai enchantée de vous donner d'autres pistes de solutions afin d'améliorer les mesures d'accueil et de francisation, plutôt que de réduire le nombre d'immigrants au Québec.
Au plaisir de vous rencontrer Monsieur Charette.
Laurie Castonguay
Professeure de francisation au secondaire
et citoyenne, peut-être idéaliste, qui croit encore que son opinion peut changer les choses en politique
Commentaires
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B. Charette
27 septembre 2011 à 07:53
Je vous remercie de m'avoir partagé cette réflexion, que j'endosse totalement. Je suis également ravi de constater l'enthousiasme qui vous anime en travaillant auprès de jeunes immigrants. Tout comme vous, je crois que l'immigration peut être excessivement bénéfique pour le Québec. Mon constat cependant est que le Gouvernement du Québec n'accorde pas l'importance nécessaire au Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles. Ce dernier a le mandat de sélectionner, d'accueillir et d'intégrer les immigrants que le Québec reçoit. Il dispose toutefois de moyens insuffisants pour s'y acquitter convenablement. Il n'est pas surprenant dans les circonstances que le Vérificateur général du Québec ait produit un rapport aussi sévère l'année dernière sur la sélection des immigrants travailleurs qualifiés. Tout n'est pas une question d'argent cependant. Il est nécessaire de revoir les façons de faire de ce ministère. C'est dans ce contexte que j'ai émis différentes recommandations dans la foulée de la consultation sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2012-2015. L'immigration offre un potentiel extraordinaire, mais actuellement, nous nous privons d'une partie de ce potentiel. Nous sommes conséquemment en défaut à l'endroit des immigrants eux-mêmes, à qui on a fait miroiter dans de nombreux cas un avenir meilleur.