<![CDATA[Benoit Charrette - Blogue]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue.php Sun, 05 Feb 2012 18:53:21 +0000 Zend_Feed http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss <![CDATA[L'urgence d'une troisième voix]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-urgence-une-troisieme-voix-24.php Lors du dernier scrutin provincial en décembre 2008, seulement 57% des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote, un creux historique témoignant d’un décrochage politique important. 

Au gré des élections, le Parti libéral du Québec a indéniablement vu ses appuis s’étioler.  En pourcentage absolu, il semble se maintenir, mais cela ne tient pas compte du taux de participation en chute libre et de l’augmentation sensible du nombre d’électeurs. Cette spirale descendante, le Parti québécois la vit également de manière encore plus notable.  Il perd dans les faits des appuis élection après élection. Son problème n’en est donc pas un de leadership.

Depuis le début des années 90, on retrouve également sur l’échiquier politique québécois l’Action démocratique du Québec. Malgré de bons éléments et des idées qui ont été largement reprises par les deux principaux partis, cette formation n’a pas réussi à représenter une alternative véritable.

Nous nous retrouvons donc en 2011 avec trois formations politiques à l’Assemblée nationale qui recueillent moins de votes qu’elles n’en recueillaient au moment du scrutin de 1998, et ce, malgré la présence de plus de 500 000 nouveaux électeurs.  Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Compte tenu des crises que le PQ traverse à répétition, du désabusement quasi généralisé à l’égard du PLQ et de la stagnation de l’ADQ dans les intentions de vote, on peut conclure qu’aucune formation politique n’est en mesure de  corriger cette situation inquiétante. 

Et que laisse entrevoir l’avenir? Rien susceptible de mobiliser les électeurs de nouveau. D’un côté, on retrouve un Parti libéral incapable de reprendre son souffle après plus de huit années au pouvoir.  Lui qui avait promis une réingénierie de l’État, a plutôt endetté le Québec comme aucun gouvernement ne l’a fait auparavant.

Quant au Parti québécois, ses difficultés résultent du fait que les priorités des Québécois que sont la santé, l’éducation, les finances publiques et la culture sont des domaines relevant en premier lieu du gouvernement du Québec. Ce dernier a conséquemment déjà les pouvoirs requis pour retenir de nouvelles avenues. Le Parti québécois ne peut donc pas prétendre que seule la souveraineté du Québec est la solution pour venir à bout de notre immobilisme.

L’ADQ n’a pas réussi quant à elle à s’imposer dans l’esprit des gens. Il serait étonnant que cet état de fait change dans un avenir prévisible. Bref, le Québec se retrouve définitivement dans un cul-de-sac politique.

La venue d’un nouveau joueur sur la scène politique québécoise est donc bénéfique. Tout au long de sa récente tournée du Québec, on a pu observer l’intérêt qu'a généré la Coalition pour l’avenir du Québec. Il est manifestement trop tôt pour lui prédire quelques succès électoraux que ce soit maintenant qu’elle est devenue un parti politique, mais sa seule présence est susceptible de redonner une voix politique à celles et ceux qui estimaient l’avoir perdue depuis plusieurs années.   

On peut parier que la présence de candidats coalisés lors d’une prochaine élection aura un impact positif sur le taux de participation. Plusieurs électeurs voteront de nouveau après des années d’abstention, certains en faveur de ce nouveau joueur, d’autres pour marquer leur opposition à ses idées, mais dans tous les cas cela servira notre démocratie. 

 

Benoit Charette

Député de Deux-Montagnes

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Sun, 20 Nov 2011 05:00:00 +0000
<![CDATA[Départ du Parti Québécois]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-depart-parti-quebecois-23.php Après 17 années d’engagement soutenu et sincère au sein du Parti Québécois, d’abord comme simple militant, puis comme membre d’exécutifs local et régional, ensuite comme président de circonscription, et ultimement comme député depuis la dernière élection, j’annonce aujourd’hui que je cesse mon association avec le Parti Québécois et que je me retire conséquemment du caucus de l’opposition officielle. Cette décision est effective dès à présent.

Bien que cette annonce survienne alors que le Parti Québécois vit un épisode de turbulence, elle n’est en rien attribuable aux événements des dernières semaines. Elle est plutôt le fruit d’une longue réflexion. 

Chez les militants et les députés du Parti Québécois, on retrouve des individus pour qui gouverner la province de Québec n’est d’aucune façon souhaitable et envisageable. Leur implication et leur mobilisation, et c’est très louable, se résume à faire du Québec un pays.

Bien que je sois aussi souverainiste que ces derniers, et je ne laisserai personne affirmer le contraire, mon engagement politique ne se résume pas et ne s’est jamais limité à travailler à la cause souverainiste. Les défis qui confrontent le Québec au quotidien sont colossaux.  Travailler à y répondre est pour moi un défi particulièrement stimulant.

La décision de quatre de mes collègues de quitter le caucus du Parti Québécois m’a passablement embêté, car je ne souhaitais d’aucune façon être associé à leur démarche.  Je ne partage pas en effet les principales conclusions auxquelles ils sont arrivés.  Je le dis en toute franchise bien que j’aie encore aujourd’hui le plus grand des respects pour ces personnes.   Mis à part les questions d’éthique et cette volonté de faire de la politique autrement dont on pourra toujours discuter à un autre moment, ces démissions semblent plutôt liées à la place que réserve le Parti Québécois à la souveraineté, aux efforts consentis pour la réaliser, à la personnalité de Pauline Marois et aux chances de cette dernière de remporter les prochaines élections avec un entourage contre lequel on semble avoir de nombreuses doléances.   Humblement, je pense qu’ils ont fait les mauvais constats et posé le mauvais diagnostic.

Imputer les déboires actuels et le manque d’enthousiasme à l’endroit du Parti Québécois à Pauline Marois relève d’une mauvaise analyse selon moi. Voilà plus de 15 ans que l’électorat québécois a commencé à prendre ses distances du parti formant présentement l’opposition officielle.  En effet, depuis l’élection de 1994, le Parti Québécois génère toujours moins d’appuis élection après élection. Si l’on considère l’élection de 2008, la dernière en date, cela représente plus de 600 000 votes de moins par rapport à l’élection de 1994, alors que le nombre d’électeurs inscrits pour la même période a lui augmenté de plus de 840 000 personnes. 

Un changement de direction au Parti Québécois ne modifierait strictement rien à cette réalité.  Un nouveau chef serait confronté à ce même manque d’appétit de l’électorat constaté depuis plusieurs années pour  la question nationale.   Un parti peut en toute légitimité porter un projet, mais ne peut d’aucune façon être désincarné des priorités de la population s’il aspire à prendre le pouvoir.

Fort de ces constats, je suis arrivé à la conclusion il y a plusieurs mois que le Parti Québécois devrait s’engager à ne pas tenir de référendum lors d’un premier mandat sous sa gouverne afin de ne pas compromettre ses chances de remporter les prochaines élections, et ainsi lui permettre de mousser son option fondamentale avec les outils et les moyens dont dispose tout gouvernement. J’ai sondé plusieurs collègues depuis, en ai discuté à travers différentes instances du parti, en caucus, auprès de la direction du parti. Ces différents coups de sonde m’ont permis de réaliser que l’ADN même du parti l’empêche de s’engager formellement à ne pas tenir de référendum lors d’un mandat déterminé. On m’a systématiquement répondu que jamais le parti n’avait pris pareil engagement depuis sa fondation. J’en conviens, mais je crois que le parti ne peut pas poser meilleur geste afin de démontrer à la population qu’il est à son écoute. C’est mon incapacité à réformer le parti sur cette base qui m’amène aujourd’hui à le quitter, sans amertume aucune. Lorsqu’un individu ne se sent plus à l’aise dans un groupe, c’est à lui de le quitter.

Qu’on me comprenne bien, je suis et demeure souverainiste.  Je suis également convaincu que deux seules options légitimes s’offrent aux Québécois et aux Québécoises : le fédéralisme renouvelé et la souveraineté. Le statu quo n’est pas une option, quoi qu’en dise Jean Charest.

Les deux principaux partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ont failli au cours des trois dernières décennies à faire triompher leur option respective. Ce constat est indéniable.  Devant cet échec, et ne se sentant pas à même de clore la question dans l’immédiat, la population québécoise, j’en suis maintenant convaincu, demande manifestement une trêve, et je souscris dorénavant pleinement à cette idée.

Cette trêve est d’autant plus souhaitable que le Québec est confronté à des défis d’une importance capitale pour son avenir. L’idée de rassembler des individus sur une base différente que celle de la question nationale me plait particulièrement.

Ceci m’amène à aborder de front la question de la Coalition pour l’avenir du Québec et de François Legault.  Il est évident que la coalition qu’il a fondée aux côtés de Charles Sirois est aujourd’hui bien réelle, et qu’elle suscite beaucoup d’intérêt chez plusieurs. J’ai d’ailleurs levé, au cours de la dernière année et demie, plusieurs drapeaux auprès des dirigeants de ma formation politique afin de prévenir mes collègues de la naissance de cette nouvelle force politique. Je me suis par la suite rendu compte que je me battais contre des idées qui sont les miennes à bien des égards. 

Bien que je juge aujourd’hui souhaitable la présence d’un joueur sur l’échiquier politique désireux de penser la politique différemment, ma réflexion ne m’amène pas pour autant à joindre les rangs de cette coalition.  Plusieurs ont manifesté le souhait de voir la Coalition se transformer en parti politique.  Je n’en suis personnellement pas là.

Si je songe à mon avenir politique depuis plusieurs mois maintenant, et si j’ai sérieusement envisagé de démissionner de mon poste de député en mars dernier, j’ai aujourd’hui convenu de poursuivre, pour le moment à tout le moins, le mandat que m’ont confié les électeurs et les électrices de la circonscription de Deux-Montagnes. Cette motivation nouvelle,  je l’ai trouvée auprès de mes concitoyennes et concitoyens, toujours plus nombreux à m’encourager à explorer cette voie qui permettrait de fédérer les forces vives du Québec sur une nouvelle base.

En terminant, l’annonce de mon retrait du caucus du Parti Québécois est le fruit d’une longue réflexion. Dire que cette réflexion fut facile serait mentir. Elle a été ponctuée de nombreuses nuits blanches.  On ne renonce pas à 17 ans d’implication politique sans peine. En quittant le Parti Québécois, je quitte une chef pour qui j’ai le plus grand respect et une affection sincère, des collègues d’un dévouement peu commun et de nombreux militants d’un engagement qui fut longtemps ma principale source d’inspiration. 

 

 

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Tue, 21 Jun 2011 04:00:00 +0000
<![CDATA[Il y a un an, la terre tremblait en Haïti]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-il-a-un-an-terre-tremblait-en-haiti-22.php Aujourd’hui marque le premier anniversaire du tremblement de terre qui a secoué Haïti.  Les images ont à l'époque rapidement fait le tour du monde et frappé l'imaginaire.  Derrière ces images, le drame.  On ne saura jamais précisément le nombre de victimes, mais les chiffres les plus conservateurs font état de 250 000 morts.  Plus d'un million et demi d'Haïtiens et d'Haïtiennes ont tout perdu et ont dû être relocalisés.  Port-au-Prince, la capitale du pays, mais également son coeur, fut en partie détruite. 

16h53, heure locale le 12 janvier 2010.  La terre a tremblé, et ce pendant à peine quelques secondes.  La vie de ce pays a depuis irrémédiablement changé. Elle en sera affectée pour les prochaines décennies tant la destruction est importante et les défis de la reconstruction colossaux. 

J’ai appris l’existence du tremblement de terre alors que je regagnais ma circonscription à partir de Québec.  Je me souviens de chaque instant.  Les nouvelles nous parvenaient au compte-goutte.  Je passais d’un poste de radio à un autre, en quête d’informations supplémentaires.  Puis on annonça la destruction du Palais présidentiel.  C’est à ce moment précis que j’ai saisi l’importance du drame.  Il faut savoir que je connais très bien ce pays pour y avoir longtemps habité.  Haïti est pour moi ma seconde maison.  J’ai revu dans ma tête ce bâtiment, de loin le plus imposant et le plus massif de la capitale haïtienne.  Je me suis alors dit : « Si ce bâtiment n’a pas su résister au séisme, la destruction doit être majeure ».  Les heures qui ont suivi me donnèrent malheureusement raison.  Puis, toutes ces images.  Quel drame!

Au Québec, le tremblement de terre a fait naître un élan de solidarité hors du commun.  Il faut dire que la proximité entre le Québec et Haïti est réelle.  Il y a bien sûr cette langue française que nous partageons, mais il y a également tous ces Haïtiens aujourd’hui devenus Québécois qui ont contribué à façonner le Québec.  Le gouvernement québécois a aussi répondu à la tragédie en mettant sur pied un programme spécial qu’il a qualifié d’humanitaire et qui visait à accueillir dans les meilleurs délais 3000 sinistrés gravement affectés par le séisme.  Le Parti Québécois a salué cette initiative.  Rapidement cependant, des inquiétudes ont pris forme.  Ces inquiétudes étaient alimentées en grande partie par la diaspora haïtienne.  Je me souviens avoir posé plusieurs questions à l’Assemblée nationale sur le sujet.  On me répondait invariablement que tout allait bien.  Jamais le gouvernement n’a voulu préciser le nombre de sinistrés qui sont arrivés au Québec en vertu de ce programme.  À force de pression, nous avons su que moins de 400 sinistrés ont pu s’en prévaloir jusqu’à présent alors que nous en attendions 3000.  Pour avoir moi-même visité les camps de sinistrés avec Pauline Marois, je considère ce bilan comme étant inacceptable.

Hier, à la veille du premier anniversaire du tremblement de terre donc, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, a émis un communiqué de presse qui m'a littéralement renversé.  On peut notamment y lire : "Je suis heureuse d'annoncer que nous avons respecté notre engagement puisqu'à ce jour, plus de 3 000 certificats de sélection ont été délivrés en vertu de ce programme spécial. L'objectif initial qui était de 3 000 est donc déjà dépassé et nous continuons de traiter l'ensemble des demandes reçues dans le cadre de ce programme ».  Cette déclaration m'a renversé car le gouvernement rabaisse son engagement à la seule émission de CSQ!  Ainsi, il dit aujourd'hui : Mission accomplie!  Il n'y a pas plus beau constat d'échec!  Le but du programme n'était pas d'émettre un simple document administratif à 3000 personnes, mais bien de venir en aide à 3000 sinistrés, lourdement affectés par le tremblement de terre, en les accueillant au Québec.  Il sait fort bien que l'émission du CSQ ne constitue que la première étape du processus d'immigration.  Le gouvernement a ni plus ni moins trahi son engagement envers le peuple haïtien et joue maintenant avec les mots, sans considération pour la précarité extrême dans laquelle se retrouvent les milliers de personnes qu’il dit vouloir aider.  Un an après la mise sur pied de ce programme, nous pouvons affirmer que ce dernier n’a rien d’humanitaire.

Aujourd'hui, mes pensées iront pour les milliers de victimes du tremblement de terre du 12 janvier, pour celles qui y ont perdu la vie, mais également pour celles pour qui la vie est devenue un combat de tous les instants depuis.  À l'approche de 17h, je sais que l'émotion me gagnera.  Je souhaite maintenant que la solidarité exprimée par les Québécois et les Québécoises envers Haïti se poursuive, et que le Québec parvienne à mieux accompagner ce pays avec lequel nous partageons tant de choses.  Ayiti, kimbe fèm, pas lage!

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Wed, 12 Jan 2011 05:00:00 +0000
<![CDATA[Mourir dans la dignité]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-mourir-dans-dignite-21.php La semaine dernière, les membres de la commission spéciale de l’Assemblée nationale sur le droit de mourir dans la dignité, commission dont je fais partie, ont entendu les derniers témoins experts.  Nous aurons entendu plus d’une trentaine de médecins, psychologues, intervenants sociaux, théologiens, éthiciens, avocats, etc.  Il s’agit là de la première étape du mandat qui nous a été confié par l’Assemblée nationale du Québec. Au cours des prochaines semaines, la commission produira un document de réflexion pour la consultation générale qui s’amorcera à l’automne prochain.  Toutes les Québécoises et tous les Québécois seront alors invités à exprimer leurs opinions sur les enjeux sociaux majeurs de cette importante question de la mort dans la dignité, entre autres le suicide assisté et l’euthanasie. Pour entendre le plus de gens possible, cette commission parlementaire deviendra itinérante, c’est-à-dire qu’elle tiendra des séances dans plusieurs municipalités du Québec.  Les citoyens de Saint-Eustache et de Deux-Montagnes pourront eux aussi y participer. D’ici là, je souhaiterais vivement connaître votre vision sur certaines questions cruciales. Devrions-nous permettre la pratique du suicide assisté et de l’euthanasie ?  Si oui, à l’intérieur de quelles balises ?  Qu’en est-il des soins palliatifs ?  L’accès à ces soins spécialisés en fin de vie est-il réel pour tous ?

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Fri, 19 Mar 2010 04:00:00 +0000
<![CDATA[Parti Québécois, immigration et laïcité]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-parti-quebecois-immigration-laicite-20.php Au Québec, même si l’égalité entre les hommes et les femmes est devenue une valeur fondamentale, ce principe est encore relativement récent et demeure précaire. Nous n’avons qu’à penser à l’égalité économique, encore théorique dans trop de cas, pour nous en convaincre. Dans les faits, cette égalité n’est pas encore totalement acquise. De plus, elle fut remise en question à travers différents accommodements religieux qui ont eu passablement d’échos médiatiques au cours des récentes années. Pensons seulement au refus de se faire servir par un fonctionnaire de sexe féminin ou encore le refus de passer son examen de conduite avec un évaluateur de sexe féminin. Chaque nouveau cas rapporté est une occasion pour relancer le débat sur la question des accommodements religieux.

Il ne faut pas s’y méprendre. Le débat sur les accommodements religieux n’est pas un débat mettant en scène les Québécois dits de souche versus les immigrants. L’inaction du gouvernement Charest dans le dossier a cependant entraîné une certaine dérive qui a permis à plusieurs de le penser. Ce débat n’a dans les faits rien à voir avec les immigrants ou l’immigration. Ce débat met plutôt en scène les tenants de la laïcité et les ultra-religieux. Chez les laïcs, on retrouve des Québécois dits de souche, des immigrants et des personnes de toutes les confessions. D’ailleurs, plusieurs des tenants de la laïcité qui ont fait entendre leur voix au Québec au cours des dernières années sont issus de l’immigration. L’exemple de Djemila Benhabib, auteur de Ma vie à contre-Coran, est d’ailleurs éloquent. Des Québécois dits de souche, des immigrants et des personnes de toutes les confessions composent également le groupe des ultra-religieux.

Il importe donc de cesser de se référer spécifiquement aux immigrants lorsque l’on aborde le sujet des accommodements religieux qui sont souvent des concessions faites aux ultra-religieux. Le propre de l’extrémisme religieux est de transcender les frontières, les cultures et les langues. Ses adeptes ont aussi en commun leur incapacité à reconnaître ce principe fondamental qu’est l’égalité entre les hommes et les femmes, d’où le choc des cultures avec la société québécoise.

La commission Bouchard-Taylor n’a pas calmé les inquiétudes de la population à l’égard des accommodements religieux. Dans un récent sondage, on apprend d’ailleurs que les trois quarts des répondants jugent le gouvernement trop accommodant en matière religieuse. S’il ne faut pas associer le débat sur les accommodements religieux à la présence toujours plus grande d’immigrants, l’État québécois se doit tout de même de donner l’heure juste à ces derniers sur les valeurs qui régissent le Québec et définissent le « mieux-vivre ensemble ». En refusant d’agir, le gouvernement ne rend que plus difficile l’intégration des immigrants à la société d’accueil et alimente certains préjugés à leur endroit. La vaste majorité d’entre eux ne demande qu’à s’intégrer et à participer pleinement au développement du Québec alors que le débat sur les accommodements raisonnables rejaillit sur l’ensemble des immigrants, ce qui est injuste.

Contrairement au Parti Québécois de Pauline Marois, le gouvernement Charest entretient la confusion en matière d’accommodements religieux, et ce, au même moment où la population demande des balises. Si le débat s’enlise depuis quelques années au Québec, c’est que le gouvernement a refusé de jouer son rôle. Il a simplement mis le couvercle sur la marmite, comme il sait si bien le faire, en espérant que la population passe à autre chose.

Or, il a lui-même relancé le débat l'automne dernier avec l’étude du projet de loi 16 visant la gestion de la diversité culturelle au sein de l’administration publique. Malheureusement, ce projet de loi ne contient aucune balise pour guider les ministères et organismes à « gérer » la diversité culturelle. Au contraire, chacun aura à adopter sa propre politique en la matière. Ce non-engagement du gouvernement se traduira encore par une grande confusion au niveau du traitement des demandes d’accommodements ou d’ajustements raisonnables que l’administration publique devra gérer. Le droit à l’égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remis en cause au nom du droit à la liberté de religion.

Dans ce contexte, les Québécois et surtout les Québécoises auront compris que ce projet de loi permettra, sans le dire, d’introduire le multiculturalisme canadien dans les pratiques de l’administration publique québécoise, ce qu’aucun gouvernement libéral n’avait accepté auparavant. Ainsi, au nom de la liberté religieuse, l’égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remise en cause dans les relations entre l’État québécois, ses fonctionnaires et ses citoyens et citoyennes. Quel recul!

La réponse du Parti Québécois n’est en rien radicale. Elle vise à réaffirmer les valeurs fondamentales du Québec à travers une modification de la Charte québécoise des droits et libertés de sorte que le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, la primauté du français et le principe de la laïcité de l’État soient dûment affirmés avec une valeur interprétative. Aussi, le Parti Québécois proposera lors du prochain scrutin l’adoption d’une charte québécoise de la laïcité.

En somme, le gouvernement se trompe s’il croit pouvoir faire l’économie d’un véritable débat à l’Assemblée nationale sur la laïcité. C’est ainsi que nous éviterons que le débat sur les accommodements raisonnables ressurgisse périodiquement dans les médias et la société. Pendant ce temps, le Parti Québécois assume pleinement ses responsabilités là où le gouvernement a abdiqué. Ce qu’il propose et ce que souhaite une vaste majorité de Québécois, ce n’est pas le repli sur soi, mais bien simplement le respect de soi et le respect des valeurs québécoises par toutes les personnes qui habitent le Québec, qu’elles soient nées ici ou issues de l’immigration.

 

Benoit Charette

Député de Deux-Montagnes

Porte-parole de l’opposition officielle en matière de communautés culturelles

 

Louise Beaudoin

Députée de Rosemont

Porte-parole de l’opposition officielle en matière de relations internationales, de Francophonie et d’immigration

 

Texte paru dans Le Devoir le jeudi 11 mars 2010

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Thu, 11 Mar 2010 05:00:00 +0000
<![CDATA[Quand l'inaction du gouvernement alimente les préjugés]]> http://www.benoitcharette.org/fr/blogue-quand-inaction-gouvernement-alimente-prejuges-19.php Sommes-nous tant surpris de voir ressurgir le débat sur les accommodements raisonnables ces dernières semaines au Québec? Si cette question revient avec force dans l’actualité, c’est que le premier ministre Jean Charest refuse obstinément de définir clairement, sur une base juridique, les fondements de la société québécoise. Pourquoi le gouvernement libéral rejette toute modification significative à la Charte des droits et libertés de la personne pour affirmer la primauté du droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et au fait français? Pourquoi ce refus de doter l’État du Québec d’une véritable charte de la laïcité?

 

Le gouvernement a relancé le débat l'automne dernier avec l’étude du projet de loi 16 visant la gestion de la diversité culturelle au sein de l’administration. Malheureusement, ce projet de loi ne contient aucune balise pour guider les ministères et organismes à « gérer » la diversité culturelle. Au contraire, chacun aura à adopter sa propre politique en la matière. Ce non-engagement du gouvernement se traduira encore par une grande confusion au niveau du traitement des demandes d’accommodements ou d’ajustements raisonnables que l’administration publique devra gérer. Le droit à l’égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remis en cause au nom du droit à la liberté de religion!  Le gouvernement abdique donc sa responsabilité de faire reconnaître les valeurs québécoises et refuse de se donner les moyens d’agir en ce sens.

 

Dans ce contexte, les Québécois et surtout les Québécoises auront compris que ce projet de loi permettra, sans le dire, d’introduire le multiculturalisme canadien dans les pratiques de l’administration publique québécoise, ce qu’aucun gouvernement libéral n’avait accepté auparavant. Ainsi, au nom de la liberté religieuse, l’égalité entre les hommes et les femmes pourrait être remise en cause dans les relations entre l’État québécois, ses fonctionnaires et ses citoyens et citoyennes. Quel recul! Ne sommes-nous pas en 2010?

 

Cette position est incompatible avec les valeurs québécoises. Pour le Parti Québécois, la Charte des droits et libertés de la personne devra être modifiée afin d’y inscrire, de manière prépondérante, le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes, le fait français et la laïcité de l’État.

 

Dès les premières auditions d’organismes publics au sujet du projet de loi 16, il est apparu que dans sa forme actuelle, ce projet de loi est pratiquement inutile et ne permettra pas de gérer harmonieusement la diversité culturelle.  Le gouvernement n'a pas depuis fait connaître ses intentions à l'égard dudit projet de loi.  A-t-il l'intention de le rappeler?  La session parlementaire d'hiver qui débute devrait nous renseigner à ce sujet.

 

Le projet de loi illustre de nouveau l’incapacité du gouvernement libéral de donner une direction claire à l’administration. Il introduit plus de confusion alors qu’il faudrait davantage de règles précises pour bâtir une société inclusive et respectueuse des Québécois de toutes origines. C’est d’autant plus important que le Québec accueille chaque année un plus grand nombre d’immigrants. L’État québécois doit donner l’heure juste à nos nouveaux citoyens. En refusant d’agir, le gouvernement ne rend que plus difficile l’intégration des immigrants à la société d’accueil et alimente certains préjugés à leur endroit. La vaste majorité d’entre eux ne demande qu’à s’intégrer et à participer pleinement au développement du Québec alors que le débat sur les accommodements raisonnables rejaillit sur l’ensemble des immigrants, ce qui est passablement injuste.

 

Et contrairement à ce que peut penser la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, les Québécois sont en désaccord avec l’orientation du projet de loi 16 qui appelle d’abord la société québécoise à s’ouvrir davantage à la diversité culturelle plutôt que de préciser les moyens à mettre en œuvre pour faciliter l’intégration des immigrants qui arrivent avec un système de valeurs qui peut être différent de celui de la société d’accueil. La société québécoise est-elle si fermée sur elle-même? Non. La réalité est que la vision libérale est déconnectée. Les Québécois et les Québécoises forment un peuple ouvert, accueillant, chaleureux et solidaire.

 

Le gouvernement Charest refuse d’agir prétextant que tout amendement à la Charte des droits et libertés de la personne affirmant la primauté du droit à l’égalité entre les femmes et les hommes sur le droit à la liberté religieuse serait invariablement invalidé par la Charte canadienne des droits et libertés. C’est au gouvernement du Québec que revient la responsabilité de défendre les valeurs du Québec. En agissant de la sorte, il aurait immanquablement l’appui de tous les parlementaires québécois et aurait ainsi la légitimité requise d’invoquer la clause dérogatoire si ultimement une loi fédérale jugeait inconstitutionnel le modèle d’intégration que nous privilégions au Québec.  Aussi, le gouvernement se trompe s’il croit pouvoir faire l’économie d’un véritable débat à l’Assemblée nationale sur la laïcité. Ainsi seulement, nous pourrons éviter que le débat sur les accommodements raisonnables ressurgisse périodiquement dans les médias et la société.

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Mon, 15 Feb 2010 05:00:00 +0000