


Aujourd’hui marque le premier anniversaire du tremblement de terre qui a secoué Haïti. Les images ont à l'époque rapidement fait le tour du monde et frappé l'imaginaire. Derrière ces images, le drame. On ne saura jamais précisément le nombre de victimes, mais les chiffres les plus conservateurs font état de 250 000 morts. Plus d'un million et demi d'Haïtiens et d'Haïtiennes ont tout perdu et ont dû être relocalisés. Port-au-Prince, la capitale du pays, mais également son coeur, fut en partie détruite.
16h53, heure locale le 12 janvier 2010. La terre a tremblé, et ce pendant à peine quelques secondes. La vie de ce pays a depuis irrémédiablement changé. Elle en sera affectée pour les prochaines décennies tant la destruction est importante et les défis de la reconstruction colossaux.
J’ai appris l’existence du tremblement de terre alors que je regagnais ma circonscription à partir de Québec. Je me souviens de chaque instant. Les nouvelles nous parvenaient au compte-goutte. Je passais d’un poste de radio à un autre, en quête d’informations supplémentaires. Puis on annonça la destruction du Palais présidentiel. C’est à ce moment précis que j’ai saisi l’importance du drame. Il faut savoir que je connais très bien ce pays pour y avoir longtemps habité. Haïti est pour moi ma seconde maison. J’ai revu dans ma tête ce bâtiment, de loin le plus imposant et le plus massif de la capitale haïtienne. Je me suis alors dit : « Si ce bâtiment n’a pas su résister au séisme, la destruction doit être majeure ». Les heures qui ont suivi me donnèrent malheureusement raison. Puis, toutes ces images. Quel drame!
Au Québec, le tremblement de terre a fait naître un élan de solidarité hors du commun. Il faut dire que la proximité entre le Québec et Haïti est réelle. Il y a bien sûr cette langue française que nous partageons, mais il y a également tous ces Haïtiens aujourd’hui devenus Québécois qui ont contribué à façonner le Québec. Le gouvernement québécois a aussi répondu à la tragédie en mettant sur pied un programme spécial qu’il a qualifié d’humanitaire et qui visait à accueillir dans les meilleurs délais 3000 sinistrés gravement affectés par le séisme. Le Parti Québécois a salué cette initiative. Rapidement cependant, des inquiétudes ont pris forme. Ces inquiétudes étaient alimentées en grande partie par la diaspora haïtienne. Je me souviens avoir posé plusieurs questions à l’Assemblée nationale sur le sujet. On me répondait invariablement que tout allait bien. Jamais le gouvernement n’a voulu préciser le nombre de sinistrés qui sont arrivés au Québec en vertu de ce programme. À force de pression, nous avons su que moins de 400 sinistrés ont pu s’en prévaloir jusqu’à présent alors que nous en attendions 3000. Pour avoir moi-même visité les camps de sinistrés avec Pauline Marois, je considère ce bilan comme étant inacceptable.
Hier, à la veille du premier anniversaire du tremblement de terre donc, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, a émis un communiqué de presse qui m'a littéralement renversé. On peut notamment y lire : "Je suis heureuse d'annoncer que nous avons respecté notre engagement puisqu'à ce jour, plus de 3 000 certificats de sélection ont été délivrés en vertu de ce programme spécial. L'objectif initial qui était de 3 000 est donc déjà dépassé et nous continuons de traiter l'ensemble des demandes reçues dans le cadre de ce programme ». Cette déclaration m'a renversé car le gouvernement rabaisse son engagement à la seule émission de CSQ! Ainsi, il dit aujourd'hui : Mission accomplie! Il n'y a pas plus beau constat d'échec! Le but du programme n'était pas d'émettre un simple document administratif à 3000 personnes, mais bien de venir en aide à 3000 sinistrés, lourdement affectés par le tremblement de terre, en les accueillant au Québec. Il sait fort bien que l'émission du CSQ ne constitue que la première étape du processus d'immigration. Le gouvernement a ni plus ni moins trahi son engagement envers le peuple haïtien et joue maintenant avec les mots, sans considération pour la précarité extrême dans laquelle se retrouvent les milliers de personnes qu’il dit vouloir aider. Un an après la mise sur pied de ce programme, nous pouvons affirmer que ce dernier n’a rien d’humanitaire.
Aujourd'hui, mes pensées iront pour les milliers de victimes du tremblement de terre du 12 janvier, pour celles qui y ont perdu la vie, mais également pour celles pour qui la vie est devenue un combat de tous les instants depuis. À l'approche de 17h, je sais que l'émotion me gagnera. Je souhaite maintenant que la solidarité exprimée par les Québécois et les Québécoises envers Haïti se poursuive, et que le Québec parvienne à mieux accompagner ce pays avec lequel nous partageons tant de choses. Ayiti, kimbe fèm, pas lage!
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