Assemblée nationale du Québec

Benoit Charette
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Blogue

21 juin 2011
Départ du Parti Québécois

Après 17 années d’engagement soutenu et sincère au sein du Parti Québécois, d’abord comme simple militant, puis comme membre d’exécutifs local et régional, ensuite comme président de circonscription, et ultimement comme député depuis la dernière élection, j’annonce aujourd’hui que je cesse mon association avec le Parti Québécois et que je me retire conséquemment du caucus de l’opposition officielle. Cette décision est effective dès à présent.

Bien que cette annonce survienne alors que le Parti Québécois vit un épisode de turbulence, elle n’est en rien attribuable aux événements des dernières semaines. Elle est plutôt le fruit d’une longue réflexion. 

Chez les militants et les députés du Parti Québécois, on retrouve des individus pour qui gouverner la province de Québec n’est d’aucune façon souhaitable et envisageable. Leur implication et leur mobilisation, et c’est très louable, se résume à faire du Québec un pays.

Bien que je sois aussi souverainiste que ces derniers, et je ne laisserai personne affirmer le contraire, mon engagement politique ne se résume pas et ne s’est jamais limité à travailler à la cause souverainiste. Les défis qui confrontent le Québec au quotidien sont colossaux.  Travailler à y répondre est pour moi un défi particulièrement stimulant.

La décision de quatre de mes collègues de quitter le caucus du Parti Québécois m’a passablement embêté, car je ne souhaitais d’aucune façon être associé à leur démarche.  Je ne partage pas en effet les principales conclusions auxquelles ils sont arrivés.  Je le dis en toute franchise bien que j’aie encore aujourd’hui le plus grand des respects pour ces personnes.   Mis à part les questions d’éthique et cette volonté de faire de la politique autrement dont on pourra toujours discuter à un autre moment, ces démissions semblent plutôt liées à la place que réserve le Parti Québécois à la souveraineté, aux efforts consentis pour la réaliser, à la personnalité de Pauline Marois et aux chances de cette dernière de remporter les prochaines élections avec un entourage contre lequel on semble avoir de nombreuses doléances.   Humblement, je pense qu’ils ont fait les mauvais constats et posé le mauvais diagnostic.

Imputer les déboires actuels et le manque d’enthousiasme à l’endroit du Parti Québécois à Pauline Marois relève d’une mauvaise analyse selon moi. Voilà plus de 15 ans que l’électorat québécois a commencé à prendre ses distances du parti formant présentement l’opposition officielle.  En effet, depuis l’élection de 1994, le Parti Québécois génère toujours moins d’appuis élection après élection. Si l’on considère l’élection de 2008, la dernière en date, cela représente plus de 600 000 votes de moins par rapport à l’élection de 1994, alors que le nombre d’électeurs inscrits pour la même période a lui augmenté de plus de 840 000 personnes. 

Un changement de direction au Parti Québécois ne modifierait strictement rien à cette réalité.  Un nouveau chef serait confronté à ce même manque d’appétit de l’électorat constaté depuis plusieurs années pour  la question nationale.   Un parti peut en toute légitimité porter un projet, mais ne peut d’aucune façon être désincarné des priorités de la population s’il aspire à prendre le pouvoir.

Fort de ces constats, je suis arrivé à la conclusion il y a plusieurs mois que le Parti Québécois devrait s’engager à ne pas tenir de référendum lors d’un premier mandat sous sa gouverne afin de ne pas compromettre ses chances de remporter les prochaines élections, et ainsi lui permettre de mousser son option fondamentale avec les outils et les moyens dont dispose tout gouvernement. J’ai sondé plusieurs collègues depuis, en ai discuté à travers différentes instances du parti, en caucus, auprès de la direction du parti. Ces différents coups de sonde m’ont permis de réaliser que l’ADN même du parti l’empêche de s’engager formellement à ne pas tenir de référendum lors d’un mandat déterminé. On m’a systématiquement répondu que jamais le parti n’avait pris pareil engagement depuis sa fondation. J’en conviens, mais je crois que le parti ne peut pas poser meilleur geste afin de démontrer à la population qu’il est à son écoute. C’est mon incapacité à réformer le parti sur cette base qui m’amène aujourd’hui à le quitter, sans amertume aucune. Lorsqu’un individu ne se sent plus à l’aise dans un groupe, c’est à lui de le quitter.

Qu’on me comprenne bien, je suis et demeure souverainiste.  Je suis également convaincu que deux seules options légitimes s’offrent aux Québécois et aux Québécoises : le fédéralisme renouvelé et la souveraineté. Le statu quo n’est pas une option, quoi qu’en dise Jean Charest.

Les deux principaux partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ont failli au cours des trois dernières décennies à faire triompher leur option respective. Ce constat est indéniable.  Devant cet échec, et ne se sentant pas à même de clore la question dans l’immédiat, la population québécoise, j’en suis maintenant convaincu, demande manifestement une trêve, et je souscris dorénavant pleinement à cette idée.

Cette trêve est d’autant plus souhaitable que le Québec est confronté à des défis d’une importance capitale pour son avenir. L’idée de rassembler des individus sur une base différente que celle de la question nationale me plait particulièrement.

Ceci m’amène à aborder de front la question de la Coalition pour l’avenir du Québec et de François Legault.  Il est évident que la coalition qu’il a fondée aux côtés de Charles Sirois est aujourd’hui bien réelle, et qu’elle suscite beaucoup d’intérêt chez plusieurs. J’ai d’ailleurs levé, au cours de la dernière année et demie, plusieurs drapeaux auprès des dirigeants de ma formation politique afin de prévenir mes collègues de la naissance de cette nouvelle force politique. Je me suis par la suite rendu compte que je me battais contre des idées qui sont les miennes à bien des égards. 

Bien que je juge aujourd’hui souhaitable la présence d’un joueur sur l’échiquier politique désireux de penser la politique différemment, ma réflexion ne m’amène pas pour autant à joindre les rangs de cette coalition.  Plusieurs ont manifesté le souhait de voir la Coalition se transformer en parti politique.  Je n’en suis personnellement pas là.

Si je songe à mon avenir politique depuis plusieurs mois maintenant, et si j’ai sérieusement envisagé de démissionner de mon poste de député en mars dernier, j’ai aujourd’hui convenu de poursuivre, pour le moment à tout le moins, le mandat que m’ont confié les électeurs et les électrices de la circonscription de Deux-Montagnes. Cette motivation nouvelle,  je l’ai trouvée auprès de mes concitoyennes et concitoyens, toujours plus nombreux à m’encourager à explorer cette voie qui permettrait de fédérer les forces vives du Québec sur une nouvelle base.

En terminant, l’annonce de mon retrait du caucus du Parti Québécois est le fruit d’une longue réflexion. Dire que cette réflexion fut facile serait mentir. Elle a été ponctuée de nombreuses nuits blanches.  On ne renonce pas à 17 ans d’implication politique sans peine. En quittant le Parti Québécois, je quitte une chef pour qui j’ai le plus grand respect et une affection sincère, des collègues d’un dévouement peu commun et de nombreux militants d’un engagement qui fut longtemps ma principale source d’inspiration. 

 

 

Commentaires

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A. Arcand

22 juin 2011 à 22:37

Bonsoir Benoit,
je t'ai appuyé dans les moments difficiles au tout début et je continuerai à le faire. Tu as tout mon appui.
André

R. Tessier

23 juin 2011 à 08:31

Bonsoir Benoit,
Ma femme et moi sommes de tout coeur avec toi et t'encourageons dans la nouvelle voie qui se dessine pour toi.
Roland

F. Clement

23 juin 2011 à 12:46

Cher Benoit,
Je suis extrêmement décue.Fédéralisme renouvelé,Legault,indépendance now or later etc..Contrairement à certains,je crois que M.Harper va n'en faire voir de toutes les couleurs au Québec et cela va favoriser l'indépendance du Québec.Les égos sont gros au Parti Québecois,trop!
Je t'invite à écouter l'entrevue du député Gendron,absolument magnifique ce bonhomme!

http://www.youtube.com/watch?v=zI5zjdoz9Hc

Je ne suis pas une sympatisante du pouvoir mais bien d'une cause!Et ce n'est pas M.Legault et l'ex président de Téléglobe Charles Sirois qui vont me convaincre qu'un nouveau fédéralisme est possible.

Bonne chance

V. Boucher

23 juin 2011 à 15:38

Bonjour Monsieur le Député,

Félix-Antoine Savard a écrit: «J'ai beaucoup mieux à faire que de m'inquiéter de l'avenir, j'ai à le préparer».

Je vous souhaite donc de continuer à servir les intérêts du Québec en courtisant l'avenir avec confiance.

Après tout, le plus important dans la vie n'est pas d'où l'on vient, mais bien où l'on va.

Bonne St-Jean-Baptiste!

Cordialement,

Vincent Boucher

J. Lalonde

23 juin 2011 à 17:07

Monsieur,

C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu votre déclaration de démission. Ce que j'en retiens, c'est que vous n'avez plus la conviction que pour survivre comme peuple de culture francophone, les Québécois doivent prendre - je dis prendre, pas recevoir - tous les pouvoirs politiques et économiques nécessaires à posséder leur propre pays.

Et c'est cela la grande tristesse de la situation politique au Québec. Et comme le disait Monsieur Gilles Duceppe, pas plus tard qu'hier à Madame Anne-Marie Dussault, à peur chose prêt, en ces mots: C'est maintenant que les Québécois doivent se prendre en main. Dans 10 ans, comme le propose François Legault, il sera trop tard. Comme les franco-ontariens et les acadiens nous seront alors sur une voie de non-retour vers l'assimilation. Quand on répète que la francophonie est très vivante dans le ROC, on nous ment. L'assimilation se fait à raison de 9% par année. Dans 10 ans, il n'y aura plus de pays de culture francophone au Canada.

Que vous n'ayez plus la courage ou le goût de continuer à vous battre pour maintenir le culture francophone au Québec, c'est votre droit le plus strict. Et, malgré votre beau discours, c'est la seule chose que je retiens de votre long texte.

Et c'est là que je vis ma plus grande tristesse. Vous avez 17 ans de vie politique. J'en ai 43 ans. Je continue de croire que les Québécois ouvriront les yeux prochainement et arrêteront de se faire éblouir par les miroirs aux alouettes des Jack Layton de ce monde.

Jean-Paul Lalonde.

Je vote pour le PQ et pour le Bloc parce qu'ils sont les seuls partis politique qui prônent la souveraineté. C'est le moyen politique - quelque imparfait qu'il soit - que nous avons pour la faire. Après, je verrai.

Albert Brie: Les peuples ne disparaissent pas parce qu'ils sont conquis ou vaincus mais parce qu'ils se suicident.

F. Bouchard

23 juin 2011 à 17:30

Monsieur Charette,

Je souscris à une bonne partie de votre analyse. Beaucoup de souverainistes et de péquistes ne veulent pas aller au bâton pour une troisième fois avec la même recette. On s'est fait planter comme des amateurs par nos ennemis, puissants et rusés; cela nous a presque tués. Toutefois, je regrette que vous quittiez prématurément: on traverse le pont une fois rendu à la rivière. En fait, la conjoncture (et le principe de réalité) pourrait commander au Parti québécois de modifier la stratégie d'accession à la souveraineté... et vos idées à cet égard porteraient davantage à l'intérieur du caucus.

Bravo et merci pour votre engagement.
François Bouchard,
Montréal

R. Cadot

23 juin 2011 à 20:31

Cher Monsieur Charette,

Vous avez été un député présent dans ma circonscription et avez offert votre appuis aux citoyens de votre circonscription à plusieurs reprises, même lorsqu'il ne s'agissait d'un problème concernant une école de quartier ne concernant que 200 parents. Même si vos interventions ont été malheureusement sans effets sur le résultat final, je tiens plutôt le système comme responsable que votre manque d'engagement politique.

La décision de quitter le PQ vous appartenait et je peux très bien comprendre les raisons qui vous y ont poussé. Je fais partie de ces québécois qui étaient autrefois souverainistes mais qui aujourd'hui réalisent que les problèmes auxquels fait face le Québec sont d'envergure internationale.

Cependant, je suis inquiet concernant vos "nouvelles idées" et la Coalition de François Legault... Tous les partis (mis à part Québec Solidaire) se sont alignés un peu plus à droite avec le temps et la situation est devenue alarmante. Les dernières élections fédérales ont clairement démontrées que le Québec veut tourner à gauche. Je ne sais pas quelles idées de François Legault vous allument mais la dernière chose dont nous ayons besoin au Québec est un autre parti de droite! Si vous voulez gagner le coeur des péquistes pour qui la souveraineté n'est plus une priorité, formez plutôt un parti de centre-gauche. C'est de ça que les québécois ont besoin.

J'espère pouvoir encore voter pour vous aux prochaines élections...

Richard Cadot

D. Scalise

23 juin 2011 à 20:57

REGROUPEMENT DES ACCIDENTÉS DU QUÉBEC

FILIALE DU CENTRE D’ACCÈS COMMUNAUTAIRE CLAUDE-HENRI GRIGNON
Sainte-Adèle, le 23 juin 2011

Merci de votre courriel M. Charrette

Pas facile la vie politique,

Mais plus important la vie de certains québécois n’est pas facile, non plus…..

Nous avons constaté ce boulet depuis que nous avons mis sur pied l’organisme qui vient en aide aux victimes d’accidents du Québec en 1992…

Nous avons rencontré en cours de route et surtout en Commission parlementaire, des « Géants » qui ont modernisé notre Québec.

Je fais illusion à M. Guy Chevrette qui nous à permis de profiter des autoroutes en Béton au lieu de l’asphalte.

Cet homme est aujourd’hui laissé dans l’oubli. Il a du caractère et il se tient debout tout comme vous et certains de vos confrères.

Il est évident que la route d’un Québec salutaire prospère et autonome ne sera pas au rendez-vous durant mon existence, mais rassurez vous cela arrivera.

Je me souviens, il ya près de 40 ans quand nous devions augmenter à chaque année la dose de pesticides et insecticides pour notre verger de Saint-Paul d’Abotsford, nous discutions d’environnement avec le fournisseur, et il nous réponds «Veux tu bien me dire ce que tu as fumé » (Une boîte de pommes de 4x4X4 se vendait 2$ sans imperfections mais 25¢ avec des taches d’insectes)

À cette époque nous n’étions que 2% de notre collectivité qui était préoccupé de l’environnement mais aujourd’hui nous en sommes 40% et dans 10 ans nous en serons 75%, et c’est à ce moment la que la machine gouvernementale va agir.

Nous sommes loin de notre mission pour venir en aide aux victimes d’accidents au Québec mais c’est le même principe.

Merci encore d’avoir eu la gentillesse de vous tenir debout.

Nous allons faire circuler ce courriel avec votre permission, veuillez nous en faire part avant l’expédition à nos contacts

Je demeure,

Domenico Scalise
Membre fondateur du Regroupement des accidentés du Québec et autres organismes de bienfaisance,

Si vous ne recevez pas toutes les pages mentionnées, S.V.P. communiquez avec nous
378 Chemin Mont Loup-Garou, Sainte-Adèle, Québec Canada J8B 3C8
Téléphone (450) 229-7933 Télécopieur (514) 504-2060 Courriel raq@arrl.qc.ca

F. Bélanger

27 juin 2011 à 10:57

Bonjour Monsieur Charette,

D'un point de vue strictement humain, je ne peux que respecter votre décision personnelle à l'égard de l'exercice de votre profession et vous remercier pour votre contribution à la cause nationale au cours de votre carrière.

Mais en tant que citoyenne, je partage la déception et une bonne part des opinions exprimées plus haut. La question nationale n'est pas qu'un projet ou une option partisane, c'est une question de survie collective. Je ne vois pas comment une telle question peut être mise en veilleuse... et ne pas faire partie des « défis d'une importance capitale pour son avenir » auxquels le Québec est confronté. Encore moins après la cuisante défaite du Bloc.

Cesser de faire la promotion de la souveraineté est encore la meilleure façon d'étouffer cette option, pourtant toujours bien vivante. Voilà pourquoi je suis déçue de voir des politiciens qui maintiennent leur allégeance souverainiste se ranger aux côtés des Legault ou Layton. Ça envoie un message contradictoire; rien pour atténuer le cynisme des électeurs.

Bref, je salue néanmoins le présent blogue, le courage et la franchise de plusieurs de vos propos, qui ont le mérite de laisser savoir que vous suivez avec intérêt la démarche de M. Legault. Et si le but est d'y sonder l'opinion souverainiste dans cette direction, je pense que vous y trouvez actuellement de sérieuses pistes de réponses...

Je vous souhaite un bel été et une bonne réflexion!
F. Bélanger

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